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![]() Coup de gueule ! Les héros, après la bataille, sont fatigués… Je suis l’une des « deux millions de héros ordinaires ». En vacances à l’étranger, quelle ne fut pas ma stupéfaction de lire à mon retour la chronique de monsieur Abiker, Overdose de héros. En 1990, les médecins annonçaient à mes parents qu’il ne me restait que six mois à vivre. Depuis 17 ans de « bonus », je n’ai eu de cesse de combattre à la fois la maladie et le regard porté sur elle de manière générale. « Le héros n’est pas celui qui se précipite dans une belle mort, c’est celui qui se compose une belle vie » (Jean Giono). Par l’écriture et l’accompagnement des malades, j’essaie au quotidien de faire sortir le cancer de la honte, du tabou et du silence dans lesquels on enferme ceux que monsieur Abiker appelle avec mépris les « cancéreux », les petits », les « peureux » bref, je cite, tout ce que la terre traîne de malheureux, de mal-en- point ou de mal barrés. Comment peut-on écrire cela ? ! Si les affiches de la campagne avaient montré un politique ou une quelconque « pipole » du genre atteints d’un cancer, auriez-vous eu le culot de publier un tel article ? Avez-vous songé à ce qu’il a fallu de courage à chacun d’entre nous pour s’exposer ainsi, mis à poil - mais debout et fier- en pâture néanmoins au regard des autres… nos voisins, le concierge, notre employeur, notre banquier ou le boucher du coin ! Mais les avez-vous bien regardés, Monsieur Abiker, ces monsieur et madame tout-le-monde, vous qui concluez votre papier sur « le regard extraordinairement humain » ? Changez de lunettes et observez-les vraiment : sous la lumière et l’angle d’un photographe sensible à leur cause, ils se sont offerts et ont révélé une image lumineuse au sortir d’une maladie réputée ténébreuse. Ils ne sont pas sympathiques, non Monsieur, ils sont vivants ! Ils vous sourient, ils vous regardent droit dans les yeux pour vous dire : « cancer » ne veut pas dire systématiquement « mort » et il peut y avoir une vie après le cancer. Même si chacun d’eux sait qu’on ne sort pas forcément vainqueur de la bataille. Le but de la campagne était d’interpeller les soixante et un millions de Français mais aussi les medias dont vous faites partie. Nous avons tous rêvé, avec la naïveté des gens ordinaires, que chacun d’entre vous, et plus encore le service public, puisse reprendre le flambeau que nous vous tendions et nous aider à modifier le regard porté sur la maladie. Notre seule faute fut d’être trop optimistes sans doute. Il y avait des tas de sujets ou de papiers à faire, sous tant d’angles différents… Ce chroniqueur de Libé a peut-être raison ? S’il faut un « Vis ma vie » de « cancéreux » pour le citer, un épisode d’« Urgences » spécial cancer ou autre divertissement misérabiliste pour mobiliser les foules, l’espoir que nous portons ne ferait pas le poids ? Faut-il donc montrer des stars pour avoir l’honneur de vous intéresser sur le sujet, vous et les médias, ou tout du moins mériter votre respect ? Vous nous laisseriez croire que le cancer est un Thème qui n’intéresse personne, qu’il n’existe pas un Français concerné, cerné par la maladie de près ou de loin ? Je crois plutôt que le cancer fait encore peur… A nous certes, aux journalistes aussi. Nous l’avons bien compris ; changer l’image du cancer dans l’inconscient collectif passe par une modification du traitement de l’info par les médias. Cela prendrait donc plus de temps que nous le pensions ? Dommage ; la campagne TV des spots / témoignages des « héros ordinaires » se termine le week-end prochain. A moins que de guerre lasse, j’ose demander de l’aide et votre soutien, à vous tous, journalistes de radio de presse et de télévision. Pouvons nous ensemble ouvrir un véritable débat médiatique ? Pouvons sortir du cynisme ambiant ?
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