Pour Catherine Preljocaj, née en France de parents albanais, l’idée de fouler un jour la terre de ses ancêtres semblait surréaliste voire incongrue.
Son départ pour Tirana est pourtant imminent. Un voyage organisé par son éditeur albanais. Il lui propose de rencontrer du 1er au 6 avril 2005 les médias et surtout ses compatriotes. Un événement émouvant pour cette femme de quarante-cinq ans.
Ce voyage ouvre le dialogue sur ces albanaises de France et d’Albanie qui n’ont pas d’autre choix que le silence. Dans la trempe du mouvement « Ni putes ni soumises », Catherine est une rebelle de la première heure. Ses parents, réfugiés politiques meurtris par l’exil, s’accrochent à leurs traditions, inculquent à leurs enfants une éducation mixte et dichotomique. Ecartelée entre deux cultures, la jeune fille née en France veut sortir de sa prison familiale, nie du plus profond de son être toute appartenance à son pays d’origine, en rejette les coutumes et traditions. Refusant d’être une femme ″ mineure à vie″, promise à un mariage arrangé … Elle s’enfuit, mène une vie trépidante jusqu’au jour où, à 30 ans, un grave cancer de l’estomac la stoppe net dans son ascension professionnelle.
Les médecins se focalisent sur les organes atteints, mais ignorent son malheur profond. Un malheur et une épreuve physique qui se révéleront au final un parcours initiatique étonnant. Catherine réalisera qu’une autre maladie, bien plus ancienne, profonde et pernicieuse que son cancer, elle la surnommera ″ l’albanitude″ pouvait être aussi mortelle que le lymphome malin qui la rongeait de l’intérieur.
De cette maladie sourde, Catherine finira par se libérer, seule, avec l’instrument le plus tranchant que peuvent être les mots. Dix ans plus tard, un premier livre, “Le bonheur pour une orange n’est pas d’être un abricot ” est Publié aux éditions Favre. Mue par l’impulsion d’un profond désir de publication, l’écriture somme toute universelle d’une femme confrontée aux lois claniques, encore d’actualité dans les pays des Balkans comme ceux du Bassin méditerranéen, aura touché autant les lecteurs que les médias.
L’accueil de ce premier ouvrage conduira l’auteur à démontrer dans un second récit ″La mort de Caliméro et la naissance de l’aigle″ qu’il est vital et salutaire de remonter à ses origines, de retourner à la source, d’être dans l’acceptation de ses racines afin de se ″ trouver″ au travers de sa généalogie.
Lors de la sortie de ″La mort de Caliméro et la naissance de l’aigle″ Paris Match, titrait ″L’électrochoc Balkanique″ en parlant d’elle, de son frère, Angelin Preljocaj, Chorégraphe mondialement connu, et d’Enki Bilal. Catherine Schwaab résumait l’onde de choc ; « Qu’ils soient dessinateur et cinéaste, chorégraphe ou écrivain, leurs œuvres portent la rage, remuent jusqu’aux tripes ».
Quant à Claire Chazal, en octobre dernier, elle présenta le livre dans son journal de 20 heures comme un ouvrage important sur la traversée d’un cancer.
On l’aura compris ; il ne s’agit pas uniquement du retour d’une émigrée dans son pays d’origine, à la recherche de ses racines, mais d’une femme pacifiée avec l’histoire de ses ancêtres. Réconciliée avec sa part française et sa part albanaise, elle l’offrira à ses compatriotes. La boucle est bouclée. A ce sujet, il est bon de noter que l’éditeur suisse Pierre Marcel Favre comme l’auteur ont cédé gracieusement leurs droits à l’éditeur Besnik Mustafaj pour le compte des éditions ORA. Le livre sera vendu 650 Leks (l’équivalent de 5 euros. Le salaire moyen mensuel est à peu près de 1OO Euros.)
Il ne s’agit pas d’une immigrée étrangère, à la double culture, mais d’une étrangère qui vient d’un pays étrange et méconnu ; l’Albanie ; trois millions d’habitants ! Une nation dont la plupart d’entre nous savent si peu de choses, hormis le passé récent de la guerre au Kosovo qui l’a touché de plein fouet. Peut être également le vague souvenir de milliers d’albanais entassés, accrochés aux mailles des filets et balustrades de cargos fuyant vers l’Italie. L’Albanie, l’un du dernier bastion communiste qui aura vécu l’autarcie politique et diplomatique durant plus de cinquante ans, ce jusqu’en 1992.
L’Albanie sort à peine du moyen âge, il faut le voir pour le croire, avec déjà l’émergence d’une effroyable vendetta et d’une mafia réputée sans lois ni foi.
Il y avait là matière à faire un beau portrait de femme. C’est pourquoi Catherine sera accompagnée par Annick Lacroix, grand reporter à “Figaro Madame” et un photographe de la rédaction dans le cadre d’un article à paraître en juillet prochain.