Préface de Jean-Louis Servan-Schreiber
Dans le cadre de la réédition chez Poche Jouvence, du premier livre Le Bonheur pour une orange n’est pas d’être un abricot, celui-ci a été préfacé par Jean-Louis Servan-Schreiber, Président de Psychologies Magazine :
Catherine Preljocaj n’est pas une personne facile. Sa lutte pour sa vie l’a aguerrie, elle lui a buriné le coeur, elle aurait pu le fermer aux autres si souvent menaçants au long de son histoire personnelle. Mais on devine à son sourire d’une discrète bienveillance qu’elle a choisie une autre voie : celle de mettre sa force et sa philosophie de vie au service des autres. Elle est devenue thérapeute. Elle a aussi choisi de se raconter, mi-témoignage, mi-exorcisme.
C’est le thème de ce livre publié une première fois en 2001. Un récit âpre et superbe comme les montagnes d’Albanie dont elle est originaire. Une sorte de reportage de guerre. Contre des contraintes patriarcales à l’égard des filles. Contre le risque de marginalité qui a tout moment peut se refermer sur elle. Contre le cancer devenu l’ultime épreuve initiatique de la barbarie moderne. Contre elle-même et les tentations des dérivatifs faciles et destructeurs. De quoi effrayer des lecteurs qui veulent se protéger contre l’évocation même des duretés de l’existence ? Loin de là, car Catherine loin de s’apitoyer sur elle-même a su trouver le rythme, la distance, l’humour, mais aussi la force de nous faire entrer dans cette histoire peu banale. Les témoignages de vie qui sonnent juste nous aident à mieux nous comprendre nous-même à nous rapprocher des autres.
Ce qui rend ce livre si contemporain c’est qu’il fait le pont entre les contraintes de l’archaïsme, du communautarisme et les risques de solitude toujours proches. C’est parce qu’elle s’en est sortie, physiquement et moralement, que Catherine Preljocaj force notre attention et notre estime. Elle nous donne du courage et l’on referme son Bonheur… plus optimiste qu’on ne l’avait commencé. Cette édition de poche rendra accessible cette recette de survie.
Jean-Louis Servan-Schreiber
Décembre 2006
